.Calder, le magicien du fer

Alexander Calder, Personnages, 1945, huile sur toile, 122x153 cm.
Alexander Calder, "Personnages", 1945, huile sur toile, 122x153 cm.
Les toiles de Calder sont très rares, il a privilégié les gouaches et les sculptures.
Avant Calder, tout le monde ignorait qu’un « mobile » était une sculpture en mouvement. On doit l’invention du terme à Marcel Duchamp
« Christian Zervos qui publiait Cahiers d’Art m’avait très gentiment mis en contact avec Aimé Maeght, qui avait une très bonne galerie dans le VIIIe arrondissement. J’amenais chez Maeght nombre des mobiles de Roxbury et j’ai eu une exposition chez lui, en juin 1950, faisant suite à une exposition Miró. Cela a marqué le début d’une longue association avec Aimé. Vers la fin de l’exposition Miró, Maeght nous a tous invités à dîner dans un restaurant. Guiguitte et moi avons dansé une polka quand l’orchestre s’est mis à en jouer une. Nous sommes devenus très populaires et avons été applaudis.»
Ainsi parle Alexander Calder dans son Autobiographie. Dès lors il devient un intime de la famille Maeght. Pour distraire le petit Bernard malade, Alexander et sa femme Louisa viennent donner des représentations du Cirque dans l’appartement parisien des Maeght. Il s’agit d’un vrai cirque miniature, en fil de fer et tissu, avec son chapiteau, ses animaux, ses acrobates, ses clowns et ses figurants, le tout animé et manipulé par un Calder dresseur de fauves, imitant toutes les voix.

Les quatre valises contenant Le Cirque d’Alexander Calder.Les quatre valises contenant Le Cirque d’Alexander Calder.
Formidable portrait d'Alexander Calder parmi ses créations, de merveilleux personnages et animaux réunis dans son devenus célèbres "Cirque".

Calder expose pour la première fois chez mon grand-père dans l'exposition "Le Surréalisme en 1947", il restera fidèle à la Galerie Maeght jusqu'à son décès en 1977.


Fernand Léger, devant son portrait en fil de fer créé par Calder.
Le portrait moustachu saisissant de ressemblance, étonne par le contraste entre l'œuvre si mince, si transparente, si mobile et l’homme de cent kilos :
« C’est quelque chose comme un tronc d’arbre en marche […] Sa place est plutôt dehors en plein vent, en plein soleil. »
En fait, rarement une œuvre aura autant correspondu à son auteur. Ses mobiles et ses stabiles sont autant de clins d’œil, de fous rires et de jovialité, à l’image du caractère du géant américain. L’homme sait aussi s’engager pour les grandes causes et s’élever, aux États-Unis, contre la guerre du Vietnam.
Vue de l’exposition Calder 1954.
Vue de l’exposition Calder 1954.
Aimé, convaincu par son œuvre, met tous ses moyens à la disposition de l’artiste. « J’ai eu une exposition de dix grands stabiles chez Maeght en février 1959. Madame Maeght, qui était très enthousiasmée par ces objets, était assez surprise et elle m’a dit : “Tu as dû te racler la cervelle pour trouver ça ?” Maeght devait être d’accord avec Guiguitte parce qu’il m’a acheté toute l’exposition, en bloc, et comptant, avant l’ouverture ; c’était la première fois qu’un marchand me traitait de la sorte. »
Vue de l’exposition de Stabiles d’Alexander Calder à la galerie Maeght, 1959.
Vue de l’exposition de Stabiles d’Alexander Calder à la galerie Maeght, 1959.
Calder conçoit un autre immense stabile, Les Renforts, pour les jardins de la Fondation. Sa première rétrospective y a lieu en 1969, il s’amuse à tout créer autour, y compris des éléments du catalogue, expérience qui lui fera dire : « J’ai fait une grande rétrospective à la Fondation Maeght, c’était très sympathique de collaborer avec Aimé et Sert. J’ai considéré cette exposition presque comme la fin des fins. »
Alexander Calder , Les Renforts, à la Fondation Maeght
Alexander Calder , Les Renforts, à la Fondation Maeght
Chaque exposition est l’occasion de joyeuses retrouvailles et de fêtes mémorables. Les filles Maeght sont toujours présentes. Chez les Maeght, il est en famille, il y retrouve son ami Joan Miró. La complicité entre les deux artistes est perceptible jusque dans leurs œuvres-hommages. Un autre homme partage leur univers poétique, Prévert, qui, mieux que quiconque, sait capter et faire partager avec la simplicité de ses mots, la magie de « l’oiseleur de fer ». Chacun utilise des éléments basiques pour nous livrer son art complexe. Simplicité des couleurs pour Miró, des formes pour Calder et des mots pour Prévert. Le livre de bibliophilie Fêtes est la meilleure illustration de cette proximité de pensée entre Calder et Prévert.
Jean-Paul Sartre croqué par Calder. Amusant, la fumée de cigarette qui écrit Sartre.
Extrait du texte de Jean-Paul Sartre, "Les Mobiles des Calder," paru dans le catalogue de la Galerie Louis Carré pour son exposition de cette même année 1946.
"S'il est vrai que la sculpture doit graver le mouvement dans l'immobile, ce serait une erreur d'apparenter l'art de Calder à celui du sculpteur. Il ne suggère pas le mouvement, il le capte; il ne songe pas à l'ensevelir pour toujours dans le bronze ou dans l'or, ces matériaux glorieux et stupides, voués par nature à l'immobilité. Avec des matières inconsistantes et viles, avec de petits os ou du fer blanc ou du zinc, il monte d'étranges agencements de tiges et de palmes, de palets, de plumes, de pétales. Ce sont des résonateurs, des pièges, ils pendent au bout d'une ficelle comme une araignée au bout de son fil ou bien ils se tassent sur un socle, ternes, rabattus sur eux-mêmes, faussement endormis; passe un frisson errant, il s'y empêtre, les anime, ils le canalisent et lui donnent une forme fugitive: un Mobile est né."
Magnifique texte de Sartre, non ?

Oiseau aux roubignolles, 1930, fil de fer, 22,5x27 cm.
Oiseau aux roubignolles, 1930, fil de fer, 22,5x27 cm.


Alexander Calder, Les Renforts, maquette, 1963, stabile, 58x43x36 cm.
Alexander Calder, "Les Renforts", maquette, 1963, stabile, 58x43x36 cm.
Alexander Calder, L’Homme, 1967, stabile pour la ville de Montréal, 21x33 mètres.
Alexander Calder, "L’Homme", 1967, stabile pour la ville de Montréal, 21x33 mètres.
Alexander Calder, Portrait de Florence Maeght, 1969, feutre sur livre d’or.
Alexander Calder, "Portrait de Florence Maeght", 1969, feutre sur livre d’or.

Calder-galerie maeght
Calder, Affiche pour la Galerie Maeght