Henri Matisse, la lumière

Carton d’invitation  de l’exposition Henri Matisse pour l ’ouverture de la Galerie Maeght, 1945, 24 x32 cm.
Carton d’invitation  de l’exposition Henri Matisse pour l’ouverture de la Galerie Maeght, 1945, 24 x32 cm.

Le maître devient l’ami de la famille Maeght installée à Vence, après avoir quitté précipitamment Cannes, suite à l'arrestation de Jean Moulin ami d'Aimé.
Marguerite devient tout naturellement le modèle de Matisse. Selon sa méthode de création, il dessine, dessine, refait le portrait jusqu’à ce qu’il possède son trait, sa ligne juste. On compte 21 dessins de Marguerite. Certaines de ces séances de pose sont filmées, car déjà Aimé à le sens de la postérité et de la mémoire de l'histoire de l'Art.

Séance de pose  de Marguerite Maeght  pour son portrait  par Henri Matisse, filmée par le jeune  Adrien Maeght, 1944.

Autour d'Aimé : Matisse, Bonnard, Rouault (qui vit à Grasse), le Hollandais Geer van Velde et le Russe Jean Pougny (à Cannes) puis Picasso (à Vallauris) forment une petite communauté qui se fréquente et s’entraide au quotidien. Tous apprécient la bonne table de Marguerite. D’autres artistes passent chez les Maeght : Tristan Bernard, Thadée Natanson de la Revue Blanche, le poète Pierre Reverdy (à qui il consacrera, plus tard, à la Fondation, une exposition), le musicien Reynaldo Hahn. Une grande entente règne dans ce petit cercle. Les Maeght verront Matisse presque tous les jours, de leur installation à Vence en 1942, jusqu’à la mort du peintre en 1954.

Vue de l'exposition inaugurale de la Galerie Maeght à Paris, octobre 1945.

« Matisse bouleverse toutes les définitions où l’on a tenté de l’enfermer : caché dans sa lumière, il n’est pas de peintre plus secret.» -  Jean Bazaine, Derrière Le Miroir, 1952

Henri Matisse  Le Buisson, 1951, encre et gouache sur papier, 149x149 cm.Henri Matisse  Le Buisson, 1951, encre et gouache sur papier, 149x149 cm.

À la Libération, Henri Matisse, sans galerie et sans marchand attitré, encourage Aimé Maeght à s'installer à Paris: « Si vous montez quelque chose à Paris pour vous prouver ma confiance, je veux que ce soit moi qui fasse l’exposition d’ouverture. » L’inauguration de la première Galerie Maeght a lieu le 6 décembre 1945 avec les dessins de Matisse réalisés pendant la guerre. C’est un succès d’estime. « J’ai trouvé prés de Matisse un esprit qui était le contrepoint de celui de Bonnard. On l’appelait  Herr Professor, il savait expliquer, donner les raisons de sa création ; Bonnard, lui, ne le savait pas, il se laissait porter par son intuition. Matisse c’est un art d’une apparente facilité, il dépouille pour ne garder que l’essentiel. » conclut Aimé Maeght.

Aimé Maeght, peu de temps auparavant, à Cannes, déclarait : « Je n’avais plus envie de faire marchand de tableaux, à la vérité j’ai envie d’être éditeur. » Dès l’ouverture de la Galerie Maeght, est publiée la revue Pierre à feu, véritable manifeste littéraire qui sera d’ailleurs tiré à 40 000 exemplaires, en format de poche, afin d’être vendu dans les kiosques de gare. La poésie à portée de tous en quelque sorte… Bel idéal. En 1947, Matisse crée la couverture d’un numéro de Pierre à feu avec des papiers découpés qui préfigurent « Jazz », édité la même année par Tériade.

 Couverture de la revue Pierre à Feu illustrée d’un dessin inédit d’Henri Matisse, Maeght Éditeur, Paris, automne 1949.
Couverture de la revue Pierre à Feu illustrée d’un dessin inédit d’Henri Matisse, Maeght Éditeur, Paris, automne 1949.
Le Vent des Épines de Jacques Kober, illustré d’œuvres de Pierre Bonnard, Georges Braque et  Henri Matisse, publié  par Pierre à Feu  Maeght Éditeur en 1947Le Vent des Épines de Jacques Kober, illustré d’œuvres de Pierre Bonnard, Georges Braque et  Henri Matisse, publié  par Pierre à Feu, Maeght Éditeur en 1947

Aimé Maeght réunit ses amis peintres et poètes dans des livres à tirages limités, aux textes inédits enrichis de gravures originales. Et, à l’heure où le monde affiche toute sa violence et sa laideur, il réalise son vieux rêve, sa grande idée, marier peinture et poésie.

« Matisse dessine de tout près, à une distance où un corps de femme se fait collines, ciels, lacs d’ombre. Où le contour d’une fleur se déchire comme des nuées d’orage. Le monde “extérieur” n’est pas un objet détaché de lui. Ses formes, elles sont moins les termes de sa connaissance que les cheminements de sa passion. Non curiosité de promeneur, mais l’itinéraire ardent, aveugle, d’un amant qui ne pense pas hanche, fleur ou visage, mais s’identifie à eux. » Jean Bazaine , Derrière Le Miroir , 1952

Henri Matisse, Portrait de Marguerite Maeght, 1945, crayon sur papier, 51 x38 cm
Henri Matisse, Portrait de Marguerite Maeght, 1945, crayon sur papier, 51 x38 cm.
Henri Matisse  à la Colombe d’Or, Saint-Paul.
Henri Matisse  à la Colombe d’Or, Saint-Paul.