Yoyo Maeght - Entre Prévert et Picasso

Yoyo Maeght raconte sa famille et, partant, rend un bel hommage à son "papy"

De sa naissance jusqu'à ses 11 ans, Yoyo Maeght n'a jamais douté du fait qu'elle était une entant trouvée. Du reste, c'est comme ça que, dans la famille, elle était surnommée. Ce n'est, paradoxalement, que lorsqu'elle a découvert qu'elle était bien... l'enfant de ses parents, que le doute s'est immiscé dans son esprit. "Maïs comme tout le monde s'en foutait, ça m'a pas plus perturbée que ça" rigole-t-elle. Yoyo Maeght est ainsi et depuis long temps : aux choses graves, elle oppose un sourire radieux, qui dit, en substance, que tout ça, au fond, a si peu d'importance en regard de la vie... La sienne fut douce, elle ne s'en cache pas. 

Entre Prevert et Picasso

Même si elle souligne que jamais, en dépit du confort et du luxe dans lequel elle et ses sœurs ont été élevées -enfants, elles allaient, par exemple, déjeuner en Rolls, à la Coupole, comme des grandes-, elle ne s'est pas sentie anormale. "C'était ma vie, tout simplement", dit-elle.

Où, dans la folle insouciance des années 50 et 70, on croise tout ce que le monde de l'art compte de gens importants. Miro, Prévert, César, Picasso, Braque et tant d'autres. C'est que le grand-père de Yoyo, Aimé Maeght, est l'un des collectionneurs et marchands d'art les plus célèbres de France. C'est lui, aussi, qui eut cette idée géniale d'une fondation dédiée aux altistes contemporains, à Saint-Paul de Vence, où l'on retrouve Yoyo et ses turbulents camarades de jeu. Et c'est autour de cet homme qu'elle a tant aimé que Yoyo articule son livre de souvenirs, assemblé patiemment comme un puzzle, aujourd'hui complet. "Sinon, je n'aurais pas publié ce texte", dit-elle encore.

À SAINT-PAUL DE VENCE, donc, Yoyo dévale les ruelles avec une bande d'enfants de célébrités; elle croise Montand, Ventura, Reggiam, des proches de ses parents et grands-parents, "ll y a un petit côté guerre de boutons dans cette bande de gosses livrés à eux-mêmes, souligne-t-elle. Tous nos parents étaient des présoixante-huitards. Sauf que cétaient les Trente Glorieuses, donc beaucoup d'argent, donc pas de contraintes. On faisait des tablées entières de gosses de 7 a 12 ans au restaurant, sans rien demander à nos parents Ça, aujourd'hui, ce n'est plus, possible. Et puis, les enfants sont vissés devant leurs ordinateurs et on ne peut pas s'en plaindre. Aujourd'hui toutes les maisons ont des piscines À l'époque, il y en avait deux à Saint-Paul et tout le monde s'y retrouvait ! Maïs je ne suis pas nostalgique de cette époque, je sais que j'ai eu la chance de la vivre "

Câlinée par des êtres d'exception

Prévert, Malraux, Chagall ou Miró : ces célébrités-là, ces immenses artistes-là, pour Yoyo, étaient avant tout des copains de papy, de ceux qui vous font sauter sur leurs genoux, écoutent vos petits soucis d'enfants, vous câlinent quand vous avez le cœur chagrin."À côté d'eux, les gens non exceptionnels sont très insipides", dit-elle, quand on lui fait remarquer qu'elle a parfois la dent dure contre certains fantômes de son enfance. "J'aurais pu me contenter de dire des choses gentilles" concède-t-elle. Maïs ce n'est pas dans sa nature.

Si Yoyo évolue comme un petit papillon, butinant le savoir et la beauté à chaque rencontre en revanche à l'école, au milieu des petits camarades elle est "très malheureuse"

"Heureusement que j'avais mes deux sœurs à la récré, parce que les autres enfants, je n 'avais pas grand-chose à leur dire. Quand vous avez sur les murs un Chagall où il y o une chèvre bleue et une Tour Eiffel qui joue du violon, vous souffrez d'entendre vos petits camarades - et leurs parents- dire Oh quelle horreur.

"Éditrice, galeriste maïs aussi magistrale, Yoyo Maeght se réjouit d'avoir hérite de son grand-père une grande capacité de résilience. "Il a vécu des drames, maïs il en a fait quelque chose de positif. Moi aussi, c'est dur de m'abattre.. Aujourd'hui, j'ai coupé les liens avec ma famille et je me sens libre "

Y.M.

Interview : Isabelle Monnart