YOYO MAEGHT UNE ENFANCE AU CŒUR DE L'ART MODERNE

yoyo maeght une enfance au coeur de l'art moderne

Le monde entier a beau affluer à la Fondation Maeght, à Saint Paul de Vence, on s'y sent toujours, comme par magie, seul au monde. Cet îlot de verdure à l'abri d'une forêt de pins a été créé en 1964 par Aimé Maeght comme un sanctuaire pour les œuvre de ses amis Braque, Miro, Giacometti, Léger, Chagall, Calder, Tàpies, Chillida et bien d'autres.

Il abrite aussi les souvenirs d'enfance de Yoyo, la petite fille d'Aimé qui vient de publier, à l'occasion des 50 ans de la Fondation, "La saga Maeght" (éditions Robert Laffont) où elle révèle la personnalité exceptionnelle de son "papy" et quelques lourds secrets de famille. Elle répond aussi aux questions de "L'Officiel Levant".

YOYO MAEGHT UNE ENFANCE AU CŒUR DE L'ART MODERNE

Dans l'histoire d'Aimé Maeght, la guerre a très certainement joué un grand rôle en créant des détours et des carrefours, et en provoquant des rencontres. N'est-ce pas ainsi qu'une vie se transforme en destin? Né en 1906, à Hazebrouk, près de Lille, durant la Première Guerre mondiale il est rapatrié enfant, avec sa famille, vers le sud de la France pour échapper aux Allemands, son père, ingénieur des Chemins de fer, ayant été porté disparu. Très vite, il révèle une personnalité exceptionnelle à travers une scolarité brillante et un goût affirmé pour les arts et le jazz. Son statut de pupille de la nation lui donne accès à un emploi d'ouvrier imprimeur à Cannes où il rencontre Marguerite qui deviendra son épouse et sa complice enthousiaste. En 1932, il ouvre sa propre imprimerie, toujours à Cannes, et la baptise "ARTE". Le peintre Pierre Bonnard lui commande un travail, devient son ami, lui présente Matisse, et tout s'enchaîne. Le couple Maeght est proche de Jean Moulin. Quand ce dernier est arrêté, Aimé et Marguerite se réfugient à Vence, près d'Henri Matisse, d'où, plus tard, le choix d'y implanter leur Fondation. Au lendemain de la Libération, Aimé ouvre à Paris la Galerie Maeght qui devient le rendez-vous des artistes, poètes et écrivains car il ne peut concevoir l'art sans l'écrit. Il édite des ouvrages de qualité et crée des revues artistiques: Derrière le Miroir (DLM), L'Éphémère, Argile et plus tard L'Art Vivant. Il s'entoure des plus grands talents de son époque. Les amis de la famille s'appellent Henri Matisse, Braque, Léger, Miró, Chagall, Alexander Calder, Kandinsky et Alberto Giacometti; Gaëtan Picon, André du Bouchet, Yves Bonnefoy et Louis-René Des Forêts, ou encore Yves Montand, Ella Fitzgerald, Annouck Aimée, Serge Regiani ou Serge Lifar. Les Maeght ont eu trois enfants, Adrien, Bernard et Sylvie, née d'une union libre avec Marcelle Baltazart. C'est après le décès précoce de Bernard que le couple décide de créer la Fondation comme un centre de vie et d'échange entre artistes et visiteurs, dans l'esprit d'un village. Les plans en sont confiés à Joesp Lluis Sert.

UNE ENFANCE D'EXCEPTION

Aimé Maeght est un grand-père idéal pour les enfants de son fils Adrien: Isabelle, Florence, Françoise et Jules. Françoise, dite "Yoyo", née en 1959, n'a que 5 ans ce soir du 24 juillet 1964 lorsque lui est confiée, avec sa sœur, la mission de remettre les clés de la Fondation à André Malraux, alors secrétaire d'Etat à la Culture. Elle est aujourd'hui éditrice, galeriste, organisatrice et commissaire d'expositions et juge consulaire au tribunal de Commerce de Paris. Elle enseigne aussi à l'Institut d'Etudes supérieures des Arts et à Drouot Formation. Si elle a déjà signé plusieurs ouvrages liés à la Fondation Maeght, c'est la première fois qu'elle prend la plume à la première personne du singulier pour raconter l'enfance exceptionnelle qui fut la sienne et la relation privilégiée qu'elle eut avec Aimé, ce "papy" résolument pas comme les autres, entouré d'amis extraordinaires. Dans "La Saga Maeght", elle raconte surtout "l'épopée d'une dynastie amoureuse des arts sur trois générations, l'aventure triste d'un clan déchiré à la mort du patriarche et un voyage dans l'intimité des plus grands artistes de notre histoire contemporaine". Elle évoque le fabuleux appartement de ses grands-parents, avenue Foch, où elle jouait à empiler des chaises de Charlotte Perriand et traversait Paris à bord de la Rolls conduite par le chauffeur Octave pour aller jouer chez Braque à qui, un jour, elle apporta une boîte de crayons de couleurs pour… "faire des Miro"! Comment croire Yoyo quand elle se dit "autodidacte", si l'on compte l'enseigne ment hors du commun que lui ont offert "les amis de papy" sans même qu'elle eut à faire l'effort d'apprendre?

 

YOYO MAEGHT UNE ENFANCE AU CŒUR DE L'ART MODERNELE CLAN SE DÉCHIRE

Le 15 mars 2011, quelques mois après l'exposition Giacometti & Maeght, l'un des plus grands événements artistiques de la Fondation, Nice Matin titre: "La Fondation Maeght agitée par un différend familial". La vérité est au-delà de cet euphémisme. Le torchon brûle depuis plusieurs mois déjà entre les descendants d'Aimé et Marguerite. Yoyo, PDG de la maison d'édition familiale, vient de rendre publique sa démission du conseil d'administration de la Fon dation. Deux clans se forment: Isabelle, l'aînée, fait front avec son père Adrien. Yoyo est soutenue par Florence. Les protagonistes restent discrets sur les raisons du conflit. A l'époque, Isabelle déclare, à propos de Yoyo, que "ses raisons lui sont personnelles et relèvent d'un problème strictement privé comme il en existe dans toutes les familles". Adrien, pour sa part, ajoutait: "Yoyo veut sortir de l'indivision, c'est son droit (…) c'est une histoire de gros sous et d'orgueil". Aujourd'hui, Yoyo dénonce dans son livre le caractère "manipulateur" de son père et sa sœur, "la dissimulation des inventaires et des ventes, la disparition d'un ordinateur contenant ces informations" et autres indélicatesses.

YOYO MAEGHT UNE ENFANCE AU CŒUR DE L'ART MODERNE

INTERVIEW

Déterminée, de caractère joyeux avec un pro fil très "executive", Yoyo Maeght, en pleine opération signature de son livre a accepté de répondre à nos questions.

Vous, en quelques mots ? Je ne sais pas parler de moi. Je suis sans doute très pénible à supporter, car quand j’ai une idée, rien ne m’arrête.

Quel est le fond du problème qui vous oppose à la Fondation Maeght? Rien ne m’oppose à la Fondation. C’est plutôt ma sœur Isabelle qui s’oppose à ses sœurs. Nous ignorons pourquoi.

Quels sont les artistes qui vous ont le plus impressionnée, enfant, et pourquoi ? Miró, car il m’expliquait les choses et vérifiait que je les avais bien comprises. Enthousiaste, prévenant, calme. Et tellement fulgurant dès qu’il se mettait au travail! Après avoir été une gamine sur ses genoux, je suis devenue une adulte qui monte des expos autour de son œuvre. Un jour, je devais présenter des céramiques de lui et lui ai proposé de mettre un miroir permettant de voir toutes les faces d'une pièce. “Ah non, m'avait-il répondu, et le mystère? Il ne faut jamais tout dévoiler. La lune nous passionne, parce que nous n’en voyons toujours qu’une infime partie.”

Que faites-vous aujourd'hui? Je suis magistrat et je prépare un projet sur l’architecture.

Dans quel contexte s'inscrit votre nouveau livre? En 2006, j'ai publié “Maeght, la passion de l’art vivant” chez La Martinière éditeur, pour le centenaire de la naissance d’Aimé. La même année, j'ai réalisé “Maeght une histoire de Famille (film pour une soirée Théma sur ARTE). En 2010, j'ai fait paraître “La Fondation Maeght l’art et la vie” chez Gallimard. En 2014, je livre “La Saga Maeght” pour les 50 ans de la Fondation Maeght. C'est la première fois que je me place comme témoin et dit “je” ou “mon grand-père”.

Vos auteurs préférés ? Prévert, Duras, Hugo, Dickens.

La forme d'art à laquelle vous êtes le plus sensible ? Toute forme de création.

Une journée de Yoyo Maeght ? Trépidante et multifonctions. Quoi qu’il arrive : Un tour à Saint Germain des Près, au Flore et à la librairie l’Ecume des Pages. Un passage au Tribunal de Commerce de Paris (j’ai un bureau qui donne sur le marché aux fleurs, c’est divin). Un dîner avec des amis ou mes enfants dans des restaurants étonnants.

Votre définition de l'art contemporain ? Houla! PHO Trop vaste…