Pour la première fois à New York, une exposition célèbre La Figuration narrative.

La Figuration narrative à la conquête de l’Amérique le mouvement né en France en réaction au pop art et à l’abstraction. Des toiles engagées qui n’ont rien perdu de leur force.

Eduardo Arroyo Les Derniers Jours de Pompéi Madrid
1969, huile sur toile, 142 x 200 cm.
Autour de 140 000 €

L’EXPOSITION
«Narrative Figuration
60s – 70s»
jusqu’au 16 mai
Richard Taittinger Gallery 154 Ludlow Street
New York
+1 212 634 7154
richardtaittinger.com

L'article de Beaux-Arts Magazine ici

Galeriste français installé à New York, Richard Taittinger propose jusqu’au 16 mai une exposition historique consacrée aux artistes de la Figuration narrative, en collaboration avec Yoyo Maeght, éditrice d’estampes contemporaines, ex-galeriste et ancienne administratrice de la fondation Maeght. "Cette génération n’est pas représentée aux États-Unis, explique-t-elle. Les institutions américaines sont passées à côté, sauf pour Télémaque, d’origine haïtienne, entré au MoMA en 2019."

Bernard Rancillac
Fin tragique d’un apôtre de l’Apartheid
1966, acrylique sur toile, 92 x 73 cm.
> 100 000

L’accrochage met en exergue le travail de neuf artistes majeurs du mouvement des années 1960-1970, qui se caractérise par un retour à la figuration, en réaction à l’art abstrait et au pop art américain. "La Figuration narrative adopte une bonne part de l’apparence formelle “libératrice” du pop pour mieux la retourner. Face à cette peinture conquérante, riche de son éden de supermarché et de bande dessinée, [elle] réveille les vieux démons romantiques du récit, de l’engagement politique et autobiographique, voire mythologique", écrivait Jean-Louis Pradel dans le catalogue de son exposition à la Villa Tamaris, "La Figuration narrative", en 2000 à La Seyne-sur-Mer (83).

 

Cybèle Varela
Maison du Brésil
1973, peinture industrielle sur bois, 62 x 90 cm.
> 71 500 €

Une galaxie internationale mais des carrières surtout individuelles

Pour l’historien de l’art Jean-Luc Chalumeau, "les artistes de la Figuration narrative n’ont jamais constitué un véritable groupe. Le critique Pierre Gaudibert a observé en 1992 qu’il s’agissait d’un simple regroupement arbitraire de ceux qui voulaient redonner à la peinture une fonction politiquement active”. Ces artistes ont donc conduit des carrières essentiellement individuelles et, avec les années, les occasions de les retrouver ensemble sont devenues rares. L’exposition de la Richard Taittinger Gallery est ainsi exceptionnelle.» Outre Erró, Gérard Fromanger et Jacques Monory, figure l’Italien Valerio Adami (né en 1935), qui saisit des scènes de la vie quotidienne dans des œuvres attachées au dessin classique.

Valerio Adami
Figura in casa
1970-1971, acrylique sur toile, 81 x 65 cm.
> 50 500 €

Le Madrilène Eduardo Arroyo (1937-2018) fut d’abord un journaliste antifranquiste, réfugié en France en 1958, qui fit scandale avec ses peintures très politiques. Bernard Rancillac (né en 1931) peint sa vision de l’actualité internationale politique, sociale ou humanitaire à partir de photos choisies dans des journaux ou achetées dans les agences de presse.

Il y a un Américain dans la bande : Peter Saul (né en 1934), qui traite de la violence sociale, de la drogue ou de la torture, dans une palette de couleurs crues. Hervé Télémaque (né en 1937) fait partie des pionniers du courant et aime associer des objets en de mystérieux rébus. Moins connue, la Brésilienne Cybèle Varela (née en 1943) est la seule femme du groupe. D’autres peintres importants de la Figuration narrative, comme Peter Klasen, pourraient faire l’objet d’une deuxième exposition…

Nos insurgés préférés

Focus sur trois peintres majeurs de la Figuration narrative, scènes de la vie quotidienne, séquences de films, tracts ou bandes dessinées nourrissent des œuvres sous haute tension sociale et politique.

 

Gérard Fromanger (né en 1939)
Le coloriste

 

Florence,
rue dOrchampt
1975, huile sur toile, 130 x 97 cm.

L’artiste, militant actif de l’atelier populaire des Beaux-Arts pendant Mai 68, utilise dans les années 1970 des photos de passants ou des scènes urbaines qu’il projette sur sa toile.

«Peintre de la colère du monde», il ne garde généralement des personnages que leur silhouette, qu’il retravaille en aplats de couleur – souvent un rouge flamboyant, sa teinte fétiche, comme dans sa célèbre série Boulevard des Italiens. Il a aussi exécuté des «films-tracts» avec Jean-Luc Godard et des portraits de ses amis (Jacques Prévert, Michel Foucault…). À partir de 1978, Fromanger peint directement sur la toile, sans projection d’image. Sa première rétrospective au Centre Pompidou, «Tout est allumé», date de 1980, la dernière de 2016.

Erró (né en 1932)
L’accumulateur


La Bombe
1977
300 x 450 cm

Originaire d’Islande, Erró s’installe à Paris en 1958 et devient l’un des chefs de file de la Figuration narrative. L’artiste accumule des images issues de ses voyages partout dans le monde : photos, publicités, bandes dessinées, affiches de cinéma, tracts…

Il assemble ces documents en petits collages qui sont comme des maquettes pour ses grandes compositions peintes. Ses toiles saturées sont construites selon des perspectives et des échelles invraisemblables. Critiques de la société de consommation et des systèmes d’oppression, elles déclenchent de vrais chocs visuels, entre humour et violence.

Erró est représenté par les galeries Louis Carré & Cie (Paris) et Perrotin (Paris-New York-Hong Kong-Séoul-Tokyo-Shanghai).

À partir de quelques milliers d’euros pour un collage et jusqu’à plus de 3O0 000 € pour une grande peinture

 

Jacques Monory (1924-2018)
Le cinéphile

Technicolor no 23
1977, huile sur toile,
150 x 150 cm.

Jacques Monory est un pionnier du mouvement. Dès le début

des années 1960, il travaille à partir d’images photographiques prises par lui-même ou sélectionnées dans des revues de cinéma. Fasciné par le 7e art, il peint de grandes toiles, souvent découpées en plusieurs parties, comme des séquences cinématographiques. Le fond monochrome, généralement bleu, mais aussi jaune, rose ou noir, renforce l’atmosphère de rêve.

L’artiste se représente souvent dans ses œuvres, héros ou tueur à gages, victime ou simple témoin. Jacques Monory a recours au cadrage décalé, à la juxtaposition d’images ou à l’insertion de miroirs criblés d’impacts de balles, pour mieux piéger le spectateur. À partir de 1977, il abandonne la monochromie pour une trichromie bleu-jaune-rose.

Jacques Monory est exposé par la galerie Richard Taittinger (New York).
De 20 000 à 150 000 € selon le format