Aimé Maeght - Le Surréalisme en 1947

Au sortir de la guerre, à peine sa galerie ouverte, Aimé Maeght, se rend à New York pour rencontrer Marcel Duchamp et lui proposer de faire une exposition synthèse du surréalisme. Organisée par Marcel Duchamp, André Breton et Aimé Maeght "L'exposition Internationale de Surréalisme en 1947" sera un des évènements qui feront connaître la Galerie Maeght mondialement.

Ci-après, extrait de La Saga Maeght

"Dans la foulée de l'exposition Braque, durant les trois mois de l'été 1947, Aimé présente le projet fou qu'il était allé soumettre à Marcel Duchamp, à Manhattan. Il souhaite, il veut organiser à Paris, dans sa galerie, une grande exposition du surréalisme.
Sa verve et son dynamisme ont emporté le morceau. Duchamp est emballé par l'ardeur et l'énergie d'Aimé qui propose de mettre la totalité de sa galerie à la disposition d'André Breton et de Marcel Duchamp.
Ainsi, s'ouvre, le 7 juillet, « Le Surréalisme en 1947 ».
L'exposition se déploie sur quatre espaces distincts. Les contremarches de l'escalier d'entrée ont l'apparence de dos de livres et constituent une bibliothèque surréaliste idéale. Frederick Kiesler, qui a conçu la galerie new-yorkaise de Peggy Guggenheim, imagine l'architecture de la « Salle des superstitions » qui, telle que décrite dans l'important ouvrage édité pour l'occasion, « ouvre le cycle théorique des épreuves et le visiteur doit réaliser la synthèse des principales superstitions existantes et s'obliger à les surmonter pour poursuivre la visite ». Puis vient un interminable couloir sinueux, construit afin d'imposer au spectateur un long parcours devant les œuvres, il s'ouvre sur un billard derrière lequel tombe, en permanence, un rideau de pluie.
Au-delà se trouvent douze alvéoles octogonales, chacune étant, selon Breton, «consacrée à un être, une catégorie d'êtres ou un objet susceptible d'être doué de vie mythique et auquel on aura élevé un autel sur le modèle des cultes païens – indien ou vaudou, par exemple». Breton a carte blanche et n'hésite pas à écouter ses amis surréalistes.
Les extraits d'une lettre de Benjamin Péret résument assez bien l'esprit de l'exposition : «Je propose que des rideaux de pluie tombent sur des bouches de femmes en relief...
Pour le Loup-Table, on pourrait entendre le bruit amplifié du battement de cœur invisible...
Objet votif pour Jeanne Sabrenas : Une très grande assiette en forme d'étoile, à cinq branches terminées par un œil et contenant du lait sur lequel flottent de fausses araignées...
L'oiseau serpentaire porte une couronne de préservatifs...
Le tigre mondain porte le monocle et regarde fixement une blouse de chirurgien portant des empreintes de mains ensanglantées...
Je pense aussi qu'on pourrait introduire des bruits intermittents : rires de femmes qu'on chatouille, bruit d'étoffe déchirée, bruit d'une personne tombant dans un escalier, bruit de friture, chants d'oiseaux, grincements d'oies, chants de grenouille, bruits de baisers, clochette de curé avec coups de revolver, aboiements enragés...»
Modernité de pensée, encore, quand est écrit : « Tout est faux aujourd'hui dans les rapports de l'homme et de la femme. Ces rapports sont de maître à esclave ; cela doit disparaître parmi nous.»
Et, toujours dans le catalogue, sous la plume de Sarane Alexandrian : «Je crois à la possibilité, pour une poignée d'hommes, d'inaugurer un culte de la femme si profondément mystique et charnel.»
Ernst, Duchamp, Tanguy, Miró, Lam, Dali, De Chirico, Matta, Henry Miller, Bataille, Désaire, Hans Bellmer, Arp, Calder, Picabia imaginent spécialement des œuvres, objets, ensembles – aujourd'hui on dirait des « installations » ou des « œuvres conceptuelles » – pour l'exposition.
La galerie accueille cent cinquante œuvres de quatre-vingt-sept artistes venus de vingt-quatre pays ; occasion d'autant de rencontres pour Aimé. «La beauté sera convulsive ou ne sera pas» est la phrase manifeste de l'expo.
On peut voir un sein en mousse portant l'inscription «prière de toucher» (une œuvre de Duchamp alors âgé de quatre-vingt-cinq ans), une femme nue déambule, des guirlandes de seins sont suspendues à l'extérieur de la galerie – la police s'empresse de les faire décrocher. L'exposition fait scandale. Les bonnes gens sont choqués et Guiguite est inquiète, elle craint ces expressions moquant la religion, on comprend mieux, en lisant le descriptif de l'exposition, ce qui la poussera à faire chercher de l'eau bénite.
Prévert, goguenard, se demande si les photographes ne se photographient pas eux-mêmes tant les flashs crépitent. Des déjections des souris bloquent le mécanisme d'un mobile, les joueurs de billard s'ennuient car le public a volé leurs boules. Toute la presse se fait l'écho de l'exposition. Les esprits s'échauffent et des militants communistes, opposés à ce surréalisme américanisé, sont envoyés par Aragon, faire scandale. Voilà une publicité supplémentaire. Plus de quarante mille curieux se presseront voir cet événement au retentissement international. Pourtant l'expo a lieu durant l'été dans un Paris déserté.
Quel en est le résultat ? Rien de vendu car rien à vendre, des discussions sans fin et une homérique engueulade entre Breton et Aimé. Mais s'y font tant de nouvelles et admirables rencontres que l'aventure, bien loin d'être considérée comme un fiasco par Papy, fait au contraire office d'accélérateur de particules."

Fin de l'extrait issu de La Saga Maeght.

Aimé Maeght, à gauche et André Breton

Pour "orner" le catalogue, Duchamp, qui vit à New York, a récupéré, dans un surplus américain, des seins en mousse qui étaient conçus pour les épouses des GI qui avaient découvert en Italie et en France des femmes plus "plantureuses". Duchamp les fait fixer sur une précieux velours puis puis les couvertures du volumineux catalogue de l'expo. Au dos une étiquette indique "prière de toucher".

Aimé Maeght avait pour passion l'édition, il créera Maeght Editeur pour fournir l'outil idéal de communication aux artistes de la Galerie Maeght et de la Fondation Maeght

Préparation de l'exposition "Le Surréalisme en 1947", juillet 1947.
Ici, le contremaître Zigotto aux côtés de la peinture d’Arshile Gorky. "Le foie et la crête du coq". Photo Denise Bellon.

Pour cette immense exposition organisée à la Galerie Maeght avec Marcel Duchamp et André Breton en 1947, Aimé Maeght demande à Joan Miró de faire une affiche en lithographie originale.
Voilà la première collaboration entre Joan Miró et Aimé Maeght. Dès lors Joan Miró imprimera quasiment toutes ses gravures, lithographies, affiches et livres à l'Imprimerie ARTE Maeght, y compris les affiches de ses exposition au MoMA, Museum of Modern Art de New York, ou dans les plus importants musées du monde.

 

Victor Brauner, devant un tableau de Joan Miró, présente sa sculpture le Loup-table (1939-1947)

 

Le fameux billard et au fond, la peinture de Joan Miró.

 

Quelques uns du groupe surréaliste à la galerie Maeght en 1947


1 Maurice Baskine
2 Pierre Demarne
3 Maurice Henry
4 Jerzy Kujawski
5 Claude Tarnaud
6 Francis Bouvet
7 Enrico donati
8 Marcel Jean
9 Jacques Kober
10 Stanislas Rodanski
11 Gaston Criel
12 Hans Bellmer
13 André Breton
14 Henri seigle
15 Henri Pastoureau
16 Geerbrandt
17 Victor Brauner
18 Sarane Alexandrian
19 Toyen
20 Madame Seigle
21 Nora Mitrani
22 Jacques Hérold
23 Henri Goetz
24 Frédéric Delanglade
25 Matta
26 Frederik Kiesler
27 Jindrich Heisler
28 Aimé Maeght
29 Ervin Marton

Photographie: Denise Bellon, 1947 (c) les films de l'équinoxe-fonds photographique Denise Bello
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Catalogue Le surréalisme en 1947 - Editions Maeght

Exécuté en 1947 dans une édition de 999 exemplaires, dont 49 numérotés I-XLIX et 950 sur papier vélin supérieur.
Sur la couverture en carton rose, sein en mousse de caoutchouc coloré à la main et monté sur velours noir, réalisé en collaboration avec Enrico Donati.
Catalogue de l'Exposition internationale du Surréalisme présentée par Marcel Duchamp et André Breton à la Galerie Maeght en juillet-août 1947.
Textes d'André Breton Georges Bataille, Hans Bellmer, Joë Bousquet, Benjamin Péret, Robert Lebel, Pierre Mabille… et 24 illustrations originales dont 5 lithographies en couleurs de Victor Brauner, Max Ernst, Jacques Hérold, Wifredo Lam et Joan Miro, 5 cinq eaux- fortes d'Hans Bellmer, Marcel Jean, Maria (Maria Martins), Yves Tanguy et
Dorothea Tanning et 12 lithographies en noir de Serge Brignoni, Alexander Calder, Bruno Capacci, Elizabeth Van Damme, Julio de Diego, Enrico Donati, David Hare, Jacqueline Lamba, Matta, Kay Sage, Yves Tanguy et Toyen.

 

Le livre La Saga Maeght par Yoyo Maeght, avec dédicace. Lien ici

La Saga Maeght par Yoyo Maeght