Carborundum - Miró, Kuroda, Tàpies

Ce procédé d'impression, inventé par le peintre Goetz, est mis au point dès 1965 dans les ateliers Maeght Arte et a demandé la fabrication d’une presse spéciale. Cette belle technique en relief et en creux a révolutionné la gravure et a permis à des artistes comme Miró, Tàpies ou Kuroda de réaliser des œuvres qu’ils n’auraient pu réaliser par les procédés de gravures connues.
Aki Kuroda, Collage sur carborundum, 120 x 80 cm
Ce procédé consiste, non plus à déposer de l’encre dans un creux d’une plaque de cuivre, mais au contraire de créer un relief particulièrement rugueux permettant à l’encre de s’accrocher à cette surface pour ensuite être reportée sur le papier. Cela donne à l’impression en couleurs avec des gaufrages même particulièrement importants comme pour certains peintres dont la matière fait partie de leur œuvre.
La technique utilise un matériau extrêmement dur et stable, le carborundum qui est une poudre de silice utilisée dans l'industrie pour du ponçage d'outillages de précision, pour des rodages divers, mais aussi dans le travail du verre, travail de la fonte ou dans le polissage de pierres.
On connaît tous le carborundum sans le savoir, en effet les marches du métro parisien, qui supportent des millions de passages, sont en carborundum, cette matière scintillante, rugueuse et non glissante.
Ce carborundum est mélangé à des vernis ou des résines qui durcissent au séchage. Le mélange pâteux qui est appliqué à la brosse et travaillé sur une plaque de métal donne en séchant une matière très dure et qui résiste à des pression de plusieurs tonnes sans se fendre.
Antoni Tàpies, La Main, 1972, Aquatinte, litho et carborundum, 66 x 88.9 cm, Maeght Éditeur
Cette préparation offre l'avantage de pouvoir être encrée, essuyée, et imprimée comme une gravure en taille-douce, sans avoir à creuser le métal.
L'utilisation du métal comme support n'est pas obligatoire. D'autres matériaux résistants et stables peuvent être utilisés, tels que le Plexiglas, les laminés ou encore les plaques Offset usagées. L'encre employée, noire ou couleur, est la même que pour la taille-douce, rendue plus fluide pour permettre un encrage au pinceau, avec des brosses plus ou moins larges selon les surfaces à encrer.
Joan Miró, Manoletina, 1969
Aquatinte et Carborundum, 69.5 × 106.7 cm, Maeght Éditeur.
L'essuyage peut se faire à la tarlatane, avec éventuellement un fini au papier de soie lorsqu'il s'agit de surfaces avec des grains de carborundum particulièrement fins. L'impression se fait sur une presse taille-douce, avec une pression moins forte que pour la gravure en creux, et avec un habillage plus souple composé de un ou deux caoutchouc mousse et de deux feutres. La technique du carborundum convient très bien à la couleur et donne une grande richesse de matières et de formes on peut la combiner avec d'autres techniques de gravure.
Aki Kuroda a réalisé de grandes gravures encrées en gris, où les reliefs se détachent particulièrement bien. Puis il les utilise comme support pour des collages aussi créatifs qu'impressionnants, inquiétants parfois mais souvent très drôles puisqu'il s'agit d'autoportraits.
La série de ses collages est exposée à Paris du 15 au 19 septembre 2021.