Alberto Giacometti

Alberto Giacometti est l’un des artistes les plus importants du vingtième siècle. Devenu célèbre grâce à ses sculptures, il a été également un peintre et un dessinateur de renom. Même s’il faisait déjà partie des personnalités de premier plan du mouvement surréaliste dans le Paris des années trente, ce sont ses créations d’après-guerre qui sont devenues son héritage artistique majeur. Les statues longues et effilées incarnent le style, si facilement reconnaissable, de Giacometti. La représentation de l’être humain dans sa vulnérabilité et son angoisse existentielles constituent le sujet principal de sa création. Pour Giacometti, il s’agissait de saisir la réalité dans toute sa complexité.

Son père, Giovanni Giacometti, lui-même peintre, le pousse à s'intéresser à la sculpture. Au terme de ses écoles obligatoires, Alberto part étudier à l'École des beaux-arts de Genève avant d’arriver à Paris le 9 janvier 1922. Il fréquente l'atelier d’Antoine Bourdelle à l’académie de la Grande Chaumière de Montparnasse. Il découvre le cubisme, l’art africain et la statuaire grecque. 

Avec son frère, Diego Giacometti, il emménage en avril 1927 rue Hippolyte-Maindron (14e arrondissement) dans « la caverne-atelier » qu'ils ne quitteront plus. La même année, Alberto expose ses premières œuvres au Salon des Tuileries. 

Sa première exposition personnelle à la Galerie Maeght a lieu en 1951, elle est accompagnée, comme celles qui suivront de l'édition d'un Derrière Le Miroir, comportant des lithographies originales. 

Les lithographies de Giacometti sont de purs dessins au trait exécutés en noir sur papier report. Nous y retrouvons les sujets familiers ou insistants auxquels nous a accoutumés son œuvre peinte et sculptée, les mêmes personnages, la même rue, les mêmes ateliers encombrés de sculptures, de tabourets et de tableaux. Le trait rapide, nerveux, répété, ne cerne pas, ne fixe pas les formes mais semble faire surgir les êtres et les choses de la lumière même qui les baigne et de l’espace qu’ils développent. 

Si les conditions du procédé, notamment l’impossibilité d’effacer ou de revenir sur le trait, donnent aux lithographies une moindre finesse et une moindre subtilité que les dessins à la mine de plomb, elles acquièrent en revanche une franchise et une spontanéité qui permet, en quelque sorte, d’assister à la naissance, au jaillissement de son hallucinant dessin. 


Parmi les photographies iconiques de Henri Cartier-Bresson il y a cette merveille, à la fois document exceptionnel et portrait vivant d'Alberto Giacometti. Elle est prise lors de la préparation d'une exposition à la Galerie Maeght, en 1961. "L'Homme qui marche" y est exposé avant de rejoindre la cour de la Fondation Maeght qui est en construction.


Les eaux-fortes gravées en 1955 sont également des auxiliaires du dessin mais, en ce domaine, les exigences impérieuses du procédé donnent aux compositions des caractères très particuliers. Alberto Giacometti se soucie fort peu des techniques complexes, de la «cuisine» de l’eau-forte, il abandonne volontiers la suite des opérations, de la morsure du métal au tirage des épreuves. Il grave à la pointe sur le vernis du cuivre comme il ferait d’une plume sur une feuille de papier. 

Dans ses gravures, Alberto Giacometti nous invite dans son atelier, nous fait partager ses recherches, l’avancement de son œuvre sculptée ou peinte. Dans l’encombrement de Buste dans l’atelier, on aperçoit des toiles, posées contre le mur, des sculptures terminées ou en cours. 

Aimé Maeght, Annette Giacometti, X, Marguerite Maeght, Alberto Giacometti dans la Cour Giacometti à la Fondation Maeght, 1964.

« Jamais je n’arriverai à mettre dans un portrait toute la force qu’il y a dans une tête. » écrit-il. Lorsque Alberto Giacometti réalise des portraits, il nous laisse créer l’environnement comme dans le merveilleux portrait Mère de l’artiste par lequel il ne représente que le visage. Notre imaginaire construit autour de ce visage. A contrario pour Buste d’homme, Tête d’homme et Buste II l’artiste surligne les traits du visage et les inscrit dans un environnement allant même jusqu’à créer un cadre pour Tête d’homme. Le Chien et Tête de chat semblent se répondre à travers l’atelier sous L’ Homme qui marche, marcheur infatigable à travers le temps pictural. Giacometti a fixé, dans son œuvre gravé, quelques-uns de ses chefs-d’œuvre sculptés ou peints au milieu d’objet du quotidien L’Atelier aux deux seaux, Les Deux tabourets, le poêle, une sellette… Alberto Giacometti dit encore: « Il n’y a plus que la réalité qui m’intéresse et je sais que je pourrais passer le restant de ma vie à copier une chaise. »


Peu de photos couleurs d'Alberto Giacometti.
Celle-ci, de 1958 est de Ernst Scheidegger, c'est un pur chef-d'œuvre.

On reconnaît les sculptures iconiques que mon grand-père, Aimé Maeght, destine à la Fondation Maeght qui est alors en construction.

Né le 10 octobre 1901 à Borgonovo, Suisse.
Mort le 11 janvier 1966 à Coire, Suisse.

"Et quand, au crépuscule de sa recherche, il aima couvrir de couleur les cratères du plâtre aveugle, était-il sur le seuil d’une couleur inconnue, ou ne nous faut-il voir dans ce peu de rouge et de bleu barbares qu’un relief plus abrupt encore pour le blanc d’un deuil absolu ?"
Yves Bonnefoy, "L’étranger de Giacometti".

1915-1919 : Fait ses études secondaires au collège protestant de Schiers, près de Coire, en Suisse. Premiers bustes sculptés ou peints et premières gravures sur bois. Interrompt ses études et s’inscrit à l’École des Beaux-Arts, puis à l’École des Arts et Métiers de Genève. Voyage en Italie d'un an.

1922 : S'installe à Paris pour étudier la sculpture. Fréquente l’Académie de la Grande Chaumière, dans l’atelier du sculpteur Bourdelle.

1925 : Première participation au Salon des Tuileries où il expose une Tête de Diego et une œuvre d’avant-garde (Torse).

1926 : Installation au 46 rue Hippolyte-Maindron, à Paris dans ce qui restera définitivement son atelier. Réalise une série de sculptures têtes et figures (Le Couple, La Femme-cuiller).

1927 : Expose au Salon des Tuileries

1929 : Grâce à Jean Cocteau, il côtoie les milieux mondains. Se consacre à la peinture et à la sculpture, tout en dessinant des objets de décoration pour l'architecte d'intérieur Jean-Michel Frank et des bijoux pour la créatrice de mode Elsa Schiaparelli.

1930 : Rejoint le groupe Surréaliste, mouvement artistique fondé par l’écrivain André Breton. Expose à la Galerie Pierre Loeb à Paris, aux côtés de Jean Arp et Joan Miró. Il acquière une grande notoriété « surréaliste » avec La Boule suspendue. Rencontre Louis Aragon, André Breton, Salvador Dalí, André Masson...  Son frère Diego le rejoint à Paris.

1932 : Collabore et participe au Salon des Surindépendants.

1935 : Première exposition personnelle à New York, Galerie Julien Levy. L’Objet invisible, chef d’œuvre de l’époque surréaliste de Giacometti. Est exclu du groupe Surréaliste. Ces nouvelles sculptures d‘une rigueur géométrique presque abstraite le ramènent à la réalité et au modèle (Le Cube, Tête).

1936 à 1940 : Participe à de nombreuses expositions de groupe dans le monde. Fréquente les artistes Balthus, Gruber, Tal Coat, et le groupe autour de la revue Abstraction-Création. Fréquente André Derain, auquel il voue une véritable admiration. Confie au galeriste new-yorkais, Pierre Matisse, la représentation de son œuvre aux États-Unis. Délaisse le modèle et revient au travail de mémoire. Ses sculptures deviennent minuscules jusqu’à disparaître.

1941 : Se lie d’amitié avec Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. Pendant la guerre, vit à Genève avec son frère  Diego.

1945 : Reprend en sculpture des nus et des têtes, décidé à ne pas les laisser diminuer ; mais il les détruit et les recommence pour aboutir aux mêmes figures étirées et filiformes, les seules à correspondre à sa vision de la réalité.

1935 à 1947 : N’expose pas une seule fois.

1947 : Participe à l’exposition Internationale du Surréalisme à la Galerie Maeght. Aimé Maeght lui commande ses premières sculptures en bronze.

1948 : Première exposition personnelle à la Galerie Pierre Matisse à New York. Jean-Paul Sartre écrit la préface du catalogue. Son style est désormais affirmé. Sculpte La Femme debout, Trois hommes qui marchent, Figurine dans une boîte, La Place, La Forêt, La Clairière.

1949 : Première lithographie, le portrait du poète Tristan Tzara. Epouse Annette Arm.

1951 : Première exposition personnelle à la Galerie Maeght à Paris, où se succéderont d’autres expositions en 1954, 1957 et 1961. Réalise des lithographies pour Derrière le Miroir, revue éditée par Maeght. Francis Ponge lui consacre un essai dans la revue Cahiers d’art, illustré de photographies d’Ernst Scheidegger.

1953-1954 : Conçoit les décors pour la pièce de son ami Samuel Beckett « En attendant Godot ». L’écrivain Jean Genet pose pour lui. Jean-Paul Sartre lui consacre un deuxième essai, publié dans la revue Derrière le Miroir.

1956 : Travaille à une série de grandes Femme debout qu’il expose à la Biennale de Venise dans le pavillon français (Les Femmes de Venise). Il expose à la Kunsthalle de Berne. En octobre, Isaku Yanaihara, professeur de philosophie française à l’Université d’Osaka, commence à poser pour lui. Il reviendra poser en 1957, 1959, 1960 et 1961.

1957 : Jean Genet écrit "L’Atelier d’Alberto Giacometti", qui paraît dans la revue Derrière le Miroir, puis sous forme de livre illustré de photographies d’Ernst Scheidegger en 1963.

1958 : Première exposition monographique au Japon, à Tokyo, à la Galerie Minami.  Se lie avec Caroline, qui posera pour lui de 1960 à 1965.

1959 : L’architecte Gordon Bunshaft lui commande un monument pour la Chase Manhattan Bank à New York. Ce travail l’absorbe pendant un an jusqu’au printemps 1960. Giacometti imagine un homme qui marche, une femme debout et une tête sur un socle qui résument pour lui toutes ses recherches, le projet ne sera pas réalisé. Alors que le projet de la Fondation Maeght est largement avancé, Aimé Maeght offre à Alberto Giacometti un espace à la hauteur de son œuvre en lui proposant d’investir la cour centrale de la Fondation Maeght. Quatre de ces sculptures seront peintes par le sculpteur et disposées par lui dans la Cour de la Fondation.

1960 : Giacometti poursuit une ressemblance impossible, notamment dans les bustes d’Annette et les peintures de Caroline. Il se concentre sur le dessin de l’œil et l’intensité du regard qui lui semble commander la vérité de toute la tête.

1961 : Parution du livre de Michel Leiris « Vivantes cendres innommées » illustré de 52 eaux-fortes. Remporte le Grand Prix Carnegie de Sculptures à Pittsburgh.

1962 : Invité international de la Biennale de Venise, il remporte le Grand Prix de sculpture. Maeght Editeur publie la première monographie complète d’Alberto Giacometti sous le contrôle de l’artiste.

1964 : Inauguration le 28 juillet 1964 de la cour et de la salle Giacometti à la Fondation Marguerite et Aimé Maeght à Saint-Paul, où son œuvre est très largement représentée. Reçoit le Prix Guggenheim International de Peinture, décerné par le Solomon R. Guggenheim Museum de New York. Le photographe Eli Lotar commence à poser pour des bustes, jusqu’en 1965. Il exécute un très grand nombre de lithographies pour l’album « Paris sans fin ». Ernst Scheidegger tourne un film sur Giacometti dans l’atelier de la rue Hippolyte-Maidron et à Stampa.

1965 : Trois rétrospectives  le conduisent à Londres (Tate Gallery), New York (Museum of Modern Art) et Copenhague, Danemark (Louisiana Museum). Reçoit le Grand Prix National des Arts, décerné par le Ministère Français des Affaires Culturelles.

Le 11 janvier 1966, décède d’épuisement cardiaque à l’hôpital de Coire, en Suisse, Alberto Giacometti est enterré le 15 janvier au cimetière de Borgonovo, en Suisse.


Yoyo Maeght dans la Cour Giacometti à la Fondation Maeght, près du bronze de l'Homme qui marche.

En 2010, Yoyo Maeght organise l'exposition "Giacometti et Maeght - 20 ans d'amitié" qui reste l'exposition de tous les records à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence.