Pierre Bonnard - Mentor d'Aimé Maeght

 

Pierre Bonnard, L’Été, 1909, huile sur toile, 260 x340 cm.Pierre Bonnard, L’Été, 1909, huile sur toile, 260 x340 cm. Collection Fondation Maeght.

La première rencontre entre Aimé Maeght et le maître Nabis se déroule, à Cannes, en 1936 à la faveur d’une lithographie. Pierre Bonnard, artiste reconnu, déjà âgé – il va avoir 70 ans – vient trouver Aimé Maeght pour imprimer l’affiche d’un gala de Maurice Chevalier. Aimé, après avoir été ouvrier lithographe à l'imprimerie Robaudy de Cannes, a ouvert son propre atelier.

Immédiatement les deux hommes s’apprécient et dès lors, il ne sera pas rare de croiser chez les Maeght, sa haute et fine silhouette. Il porte une moustache et son regard, d’une extrême intensité derrière ses lorgnons cerclés de fer, semble être protégé du monde extérieur.  Peut-être même du milieu de l’art. Ne prétend-t-il pas, d’ailleurs, n’appartenir à aucune école mais simplement, faire un travail personnel ?

« Bonnard a été le grand tournant de ma vie, il est devenu, pas à pas, mon grand ami » dit Aimé Maeght. Et réciproquement, le peintre confie : « Si j’avais dû avoir un fils, c’est comme cela que je l’aurais voulu ».

40 ans les séparent mais une grande amitié se noue.

Pierre Bonnard et Aimé Maeght, plage du Midi à Cannes, été 1946

Pierre Bonnard et Aimé Maeght, plage du Midi à Cannes, été 1946

Un épisode déterminant permet de mieux saisir le lien affectif unissant les Maeght à Bonnard.

Tandis qu’Aimé Maeght est toujours dans l’Infanterie de la Marine à Toulon, une dame entre dans la boutique des Maeght, qui devance l'imprimerie ARTE créée par Aimé Maeght : « Je vois que vous vendez des peintures » lance t-elle à Marguerite, « Je suis marchande de tableaux » lui répond celle qui n’avait à son actif que la vente de quelques toiles. C’est ainsi que la veuve de Henri Lebasque (1865 – 1937) lui confie quelques œuvres. Le jour même, un élégant monsieur s’intéresse à une peinture « Êtes vous sûre que ce n’est pas un tableau volé, parce qu’il est tellement bon marché ! » Il s’agit de Roger Berheim, fils du célèbre marchand parisien, la vente est conclue. Devant cette réussite, Madame Lebasque conseille à Marguerite Maeght d’aller voir son voisin, peintre lui aussi, qui serait peut-être content de céder quelques peintures. Avec sa carriole à bras Marguerite Maeght grimpe en haut du Cannet. « Il paraît que vous faites des tableaux qui sont très bien, je pourrais les vendre facilement. » C’est ainsi que Marguerite Maeght s’adresse la première fois à Pierre Bonnard. L’artiste âgé de 73 ans trouve cette jeune femme pétillante.

Pierre Bonnard, Jeune fille étendue, 1921
Pierre Bonnard,  Jeune fille étendue, 1921, huile sur toile, 56 x61 cm

Quand il lui parle, elle ne mesure qu’un mètre cinquante-quatre, il se plie en deux ! Cette amitié au quotidien ne se démentira pas.

Pierre Bonnard, Marguerite et Bernard Maeght, 1943, crayon sur papier, 21x26 cm.

Pierre Bonnard, Marguerite et Bernard Maeght, 1943, crayon sur papier, 21x26 cm.

Aimé Maeght, avec son sens de l'histoire de l'art, ne manque pas de saisir, caméra au poing, ces merveilleux moments d'intimité avec le peintre. C'est ainsi que les seuls films existant au monde où l'on voit Pierre Bonnard, sont ceux captés par les Maeght, pique-nique aux îles de Lérins, baignade à Cannes, balade dans les ruelles du Suquet.

À la libération, Pierre Bonnard et Aimé Maeght montent à Paris dans le but de trouver et d’ouvrir une galerie. Ils partagent la même chambre d’hôtel durant plus d’un mois.

« Il s’était formé entre Bonnard et moi une espèce d’amitié très curieuse qui dépassait l’amitié de deux hommes avec une telle différence d'âge. Pour moi Bonnard est Le Peintre. Dans les longues discussions que j’ai eu avec lui, c’est lui qui a été à la base de mon évolution et de l’ouverture de mon esprit à l’art vivant. Sans Bonnard, j’aurais peut-être continué comme les autres marchands. » Aimé Maeght.

Pierre Bonnard et Aimé Maeght, Cannes, 1943

Pierre Bonnard et Aimé Maeght, Cannes, 1943

Pierre Bonnard et Aimé Maeght faisant du pédalo, octobre 1946

Pierre Bonnard et Aimé Maeght faisant du pédalo, octobre 1946

 


Pierre Bonnard, Paysage du Midi et deux enfants, 1916–1918

Dans ses peintures Pierre Bonnard donne aux objets une valeur humaine et reproduit les choses telles que l’œil les voit. Sa vision rappelle celle des Primitifs. Il n’a pas son pareil pour combiner formes et couleurs et répondre aux exigences de l’émotion. Il offre au regard le sentiment de la vie.