Georges Braque, le patron

L’Oiseau dans  le feuillage, 1962, lithographie originale, 80x105 cm, Maeght Éditeur, Paris.
L’Oiseau dans  le feuillage, 1962, lithographie originale, 80x105 cm, Maeght Éditeur, Paris.

En 1944, Pierre Bonnard et Aimé Maeght ont récupéré à Paris, dès son retour des camps, Marguerite Matisse, la fille du peintre. C’est elle qui présentera à Aimé, Albert Marquet, Henri Laurens et, en 1945, Georges Braque. Ce dernier jouit, déjà, d’une renommée internationale. Le peintre cubiste devient alors le meilleur ami de la famille Maeght. «De tous les artistes que j’ai connus, y compris Bonnard, reconnaît Aimé, il est celui que j’ai le plus fréquenté durant près de vingt ans.» Un dialogue continu s’établit entre les deux hommes.

Aimé Maeght  et Georges Braque, 1954
Aimé Maeght  et Georges Braque, 1954

C’est Braque qui conseillera aux Maeght de montrer les œuvres de Derain. Aimé admirait non seulement l’homme, son esprit et sa rigueur, mais aussi son œuvre et son sens du métier. Pas une ombre ne viendra ternir leur profonde amitié. Aimé achète toute la production de l’artiste et l’incite à retrouver le chemin des ateliers de lithographie.

Aimé reprend l’édition des planches gravées par Braque pour Ambroise Vollard illustrant la Théogonie d’Hésiode ainsi que les tirages des gravures cubistes des années 1900.

Dans les années 1950, Braque s’attache à peindre sa fameuse série des Ateliers, mais aussi de grands paysages ruraux aux formats panoramiques : charrues abandonnées dans un champ de blé, vol d’oiseaux au-dessus de la plaine… Il renoue aussi avec les marines, des bords de mer, des barques sur la grève dont les empâtements peuvent paraître lourds; la peinture déborde et envahit même le cadre… Le regard se resserre sur le tableau. Ses dernières toiles donnent un sentiment de vertige. «J’ai le souci de me mettre à l’unisson de la nature, bien plus que de la copier», note-t-il dans son Cahier que Maeght édite en 1947.

Page du Cahier de Georges Braque, 1917-1947, Maeght Éditeur, Paris
Page du Cahier de Georges Braque, 1917-1947, Maeght Éditeur, Paris

La rigueur s’allie à une invention dominée par la réflexion. Toute sa peinture est contenue dans cette phrase qu’il martelait: «Il faut se contenter de découvrir, mais se garder d’expliquer.» À Varengeville, où il vit et travaille, et où pendant la «drôle de guerre» l’avaient rejoint Alexander Calder, Joan Miró et sa famille, Braque a su capter la lumière dure et changeante.

 

Georges Braque réalisant, dans les réserves  du Louvre, le plafond de la salle étrusque, 1952.
Georges Braque réalisant, dans les réserves  du Louvre, le plafond de la salle étrusque, 1952. 

En famille, les Maeght retrouvent régulièrement le peintre et son épouse Marcelle dans ce village de la Côte normande. Puis Georges Braque revient s’installer à Paris, où Paule, l’épouse d’Adrien, lui rend des visites quotidiennes.

Marguerite Maeght, Georges et Marcelle Braque à Venise en 1948.Marguerite Maeght, Georges et Marcelle Braque à Venise en 1948.

À sa mort, en 1963, des obsèques nationales lui sont rendues. Son ami André Malraux, qui lui avait passé commande de la décoration d’un plafond du musée du Louvre, prononce l’éloge funèbre devant le musée. Le peintre est enterré dans l’intimité au petit cimetière de Varengeville, dont la chapelle est ornée de ses vitraux. Une grande amitié unissait celui que Jean Paulhan surnomma «le patron» à Jacques Prévert, qui lui consacra ces quelques vers:

Braque
à quoi pensait-il
à quand songeait-il
devant la mer ce modèle nu.

 Georges Braque, Les Oiseaux noirs, 1956 - 1957, huile sur toile, 181 x 229 cm.
Georges Braque, Les Oiseaux noirs, 1956 - 1957, huile sur toile, 181 x 229 cm.

« Les enfants et les génies savent qu’il n’existe pas de pont, seulement l’eau qui se laisse traverser. Aussi chez Braque la source est-elle inséparable du rocher, le fruit du sol, le nuage de son destin, invisiblement et souverainement. Le va-et-vient incessant de la solitude à l’être et de l’être à la solitude fonde sous nos yeux le plus grand cœur qui soit. Braque pense que nous avons besoin de trop de choses pour nous satisfaire d’une chose, par conséquent il faut assurer, à tout prix, la continuité de la création, même si nous ne devons jamais en bénéficier. Dans notre monde concret de résurrection et d’angoisse de non-résurrection, Braque assume le perpétuel. Il n’a pas l’appréhension des quêtes futures bien qu’ayant le souci des formes à naître. Il leur placera toujours un homme dedans ! » - René Char, Derrière Le Miroir, 1957

 Georges Braque dans les réserves  du Louvre
Georges Braque dans les réserves  du Louvre

« Braque était un artisan qui a toujours gardé ce caractère-là avec cette retenue et cette noblesse de l’amour du métier . » - Aimé Maeght