Alexander Calder, le magicien du fer

Alexander Calder , Les Renforts, à la Fondation Maeght
Alexander Calder , Les Renforts, à la Fondation Maeght

Avant Calder, tout le monde ignorait qu’un mobile était une sculpture en mouvement. On doit l’invention du terme à Marcel Duchamp…

« Christian Zervos qui publiait Cahiers d’Art m’avait très gentiment mis en contact avec Aimé Maeght, qui avait une très bonne galerie dans le VIIIème arrondissement. J’amenais chez Maeght nombre des mobiles de Roxbury et j’ai eu une exposition chez lui, en juin 1950, faisant suite à une exposition Miró. Cela a marqué le début d’une longue association avec Aimé. Vers la fin de l’exposition Miró, Maeght nous a tous invités à dîner dans un restaurant. Guiguitte et moi avons dansé une polka quand l’orchestre s’est mis à en jouer une. Nous sommes devenus très populaires et avons été applaudis » Ainsi parle Alexander Calder dans son autobiographie.

Dès lors il devient un intime de la famille Maeght. Pour distraire le petit Bernard malade, Alexander et sa femme Louisa, viennent donner des représentations du Cirque dans l’appartement parisien des Maeght. Il s’agit d’un vrai cirque miniature, en fil de fer et tissu, avec son chapiteau, ses animaux, ses acrobates, ses clowns et tous ses figurants, le tout animé et manipulé par un Calder, dresseur de fauves, imitant toutes les voix.

Les quatre valises contenant Le Cirque d’Alexander Calder.
Les quatre valises contenant Le Cirque d’Alexander Calder.
Alexander Calder actionnant Le Cirque lors de la rétrospective Calder à la Fondation Maeght, 1969.
Alexander Calder actionnant Le Cirque lors de la rétrospective Calder à la Fondation Maeght, 1969.

Fernand Léger, dont Calder fera, en fil de fer, le portrait moustachu saisissant de ressemblance, « soufflait », épaté par le contraste entre son œuvre si mince, si transparente, si mobile et l’homme de cent kilos : « C’est quelque chose comme un tronc d’arbre en marche (…) Sa place est plutôt dehors en plein vent, en plein soleil. »

Oiseau aux roubignolles, 1930, fil de fer, 22,5x27 cm.
Oiseau aux roubignolles, 1930, fil de fer, 22,5x27 cm.

En fait, rarement une œuvre aura autant correspondu à son auteur. Ses mobiles et ses stabiles sont autant de clins d’yeux, de fous rires et de jovialité, à l’image du caractère du géant américain. L’homme sait aussi s’engager pour les grandes causes et s’élever, aux Etats-Unis, contre la guerre du Vietnam, réalisant une affiche dénonçant les horreurs de cette guerre.

Alexander Calder, L’Homme, 1967, stabile pour la ville de Montréal, 21x33 mètres.
Alexander Calder, L’Homme, 1967, stabile pour la ville de Montréal, 21x33 mètres.

Aimé est convaincu par son œuvre et met tous ses moyens à la disposition de l’artiste. « J’ai eu une exposition de dix grands stabiles chez Maeght en février 1959. Madame Maeght, qui était très enthousiasmée par ces objets, était assez surprise et elle m’a dit Tu as dû te racler la cervelle pour trouver ça ? Maeght devait être d’accord avec Guiguitte parce qu’il m’a acheté toute l’exposition, en bloc, et comptant, avant l’ouverture ; c’était la première fois qu’un marchand me traitait de la sorte. » Calder conçoit un autre immense stabile, « Les renforts » pour les jardins de la Fondation. Sa première rétrospective y a lieu en 1969, il s’amuse à tout créer autour, y compris des éléments du catalogue, et déclare : « J’ai fait une grande rétrospective à la Fondation Maeght, c’était très sympathique de collaborer avec Aimé et Sert. J’ai considéré cette exposition presque comme la fin des fins. »

Alexander Calder, Les Renforts, maquette, 1963, stabile, 58x43x36 cm.

Alexander Calder, Les Renforts, maquette, 1963, stabile, 58x43x36 cm.
Alexander Calder et Joan Miró lors du vernissage de la rétrospective Calder à la Fondation Maeght, 1969.
Alexander Calder et Joan Miró lors du vernissage de la rétrospective Calder à la Fondation Maeght, 1969.
Alexander Calder, Affiche pour la Galerie Maeght , 1973, lithographie originale, 80 x48 cm.
Alexander Calder, Affiche pour la Galerie Maeght , 1973, lithographie originale, 80 x48 cm.

Chaque exposition est l’occasion de joyeuses retrouvailles et de fêtes mémorables. Les filles Maeght sont toujours présentes. Chez les Maeght, il est en famille, il y retrouve son ami Joan Miró. La complicité entre les deux artistes est telle qu’elle est perceptible dans leurs œuvres-hommages.

Un autre homme partage leur univers poétique, Prévert, qui, mieux que quiconque, sait capter et faire partager avec la simplicité de ses mots, la magie de l’oiseleur de fer. Chacun utilise des éléments basiques pour nous livrer son art complexe. Simplicité des couleurs pour Miró, des formes pour Calder et des mots pour Prévert. Le livre de bibliophilie Fêtes est la meilleure illustration de cette proximité de pensée entre Calder et Prévert.

 Alexander Calder, Portrait de Florence Maeght, 1969, feutre sur livre d’or.Alexander Calder, Portrait de Florence Maeght, 1969, feutre sur livre d’or.

«Calder, c’est la liberté. La liberté qui ne peut pas être statique. Et Calder a inventé les mobiles pour que la liberté bouge. » Carlos Franqui, Derrière Le Miroir, 1971

 Vue de l’exposition Calder 1954.
Vue de l’exposition Calder 1954.

« On dirait volontiers que l’invention du mobile, il y a quarante ans, par l’ingénieur Calder, se situe quelque part entre celles de la peinture à l’huile et de la télégraphie sans fil. En effet, comme le fit au XVe siècle le tableau de chevalet, le mobile a introduit un type inédit d’objet plastique, mais cet objet s’est révélé être avant tout, comme le récepteur radio, un instrument de déchiffrement de l’invisible, qui a joué un rôle non négligeable dans le dépassement de l’art de la “pure visibilité” qu’avait institué la Renaissance. » Maurice Besset, Derrière Le Miroir,1973

Vue de l’exposition de Stabiles d’Alexander Calder à la galerie Maeght, 1959.
Vue de l’exposition de Stabiles d’Alexander Calder à la galerie Maeght, 1959.