Anne Emery - univers

Mon travail s'articule autour de différents aspects : peindre avant l'évènement, la couleur comme médium de connexion entre le sensible et l'intelligible, les intrigants (éléments de couleur) comme facteur de questionnement et d'instabilité.

Longtemps je n'ai rien osé voir. Je regardais mais d'une manière voilée, je ne me sentais pas le droit de toucher au réel que l'on m'imposait. C'est certainement pour cela que les choses trop arrêtées me font peur et que je n'ai pas envie de les peindre.

Je suis née, comme chacun, avec une histoire fabriquée. Longtemps je me suis sentie petite parmi les grands, puis je me suis aperçue que les échelles de valeurs, d'importance et de grandeur n'existent pas. Ce qui existe ce sont partout des particularités.

Suisse et française, je vis et travaille à Paris. Mes médiums sont la peinture, la vidéo, la photographie et le dessin.

Comment on voit?
Comment on dit?

La description porte en elle une forme de violence et ne légitime souvent qu'une seule vue, qu'un seul moment. Dans ma peinture, je me situe toujours avant l'évènement, pas dans le présent qui est trop descriptif. Mon travail n'est ni abstrait, ni figuratif mais va de l'un à l'autre.

Dans cette idée, la couleur m'accompagne car elle est à la fois sensible et intelligible. Elle décrit les objets: « une robe rose », mais elle donne aussi un éclairage à nos sentiments : « un air sombre ». Elle est souple et toujours en mouvement. Sa matière à la fois invisible et physique casse les catégories, et offre une capacité de circulation. Elle « virtualise » le monde pour mettre en connexion les espaces entre eux selon des critères qui changent sans cesse.

« Les intrigants » sont des éléments décoratifs que j'utilise dans mon travail. Ces éléments « non bavards » ne représentent rien mais posent question. Ils bouleversent les habitudes, provoquent une instabilité. Avec eux je déplace la couleur dans le réel et la replace dans ma peinture.