Kuroda - Fil d'Ariane

C’est grâce au fil d’Ariane que la silhouette emblématique d’Aki Kuroda trouve une apparence charnelle sous les traits d’une femme. Son visage et son corps, d’une troublante sensualité, ne sont, en fait, formés que d’un fil.

aki kuroda fil d'ariane

Kuroda 16543, Portrait I, 2008 - 150 x 150 CM

Parfois le fil devient méandres de fond d’océans ou visage d’une Alice effarée, perdue dans son jardin. Puis le fil devient Chevelure de Bérénice et voilà qu’Ariane nous invite à un voyage interstellaire.
 Kuroda fil d'ariane

Kuroda 16579, Portrait III, 2008 - 150 x 150 CM

Ariane est tout à la fois la femme et la machine de haute technologie, car voilà qu’Ariane devient fusée. La Théogonie devient Art et pour que le Mythe rejoigne la réalité le CNES, Centre National d’Études Spatiales, fournit à Aki Kuroda des éléments de satellites et de sa célèbre fusée Ariane pour que l’artiste les associe à ses grandes installations performances. Le fil se déroule d’œuvre en œuvre, de sculptures en peintures.

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Kuroda 111306, Acrylique sur toile, 2014 - 130 x 130 CM
Kuorda 16588, Labyrinthe et sphères XI, 2009 - 38,5 x 56 CM
Kuroda 16592, Labyrinthe et sphères XII, 2009 - 81 x 116 CM

Camille Fallen dans la monographie d'Aki Kuroda, parue en 2002, évoque ce fil d'Ariane.

Il n’y a plus l’île unique de Minos avec au centre de celle-ci un labyrinthe et au coeur de celui-ci un jardin. Il y a d’abord un jardin parcouru par le vent du chaos qui souffle sur les fils d’Ariane, entremêlés et divisés. Les fils peu à peu ont formé des éponges - avec des trouées et des cryptes - et elles sont autant d’îlots qui flottent dans l’espace. Dans ces dédales, eux-mêmes éléments d’un labyrinthe plus vaste, le temps et l’espace se mélangent dans les couleurs et les lignes. Quelque part aussi, il y a un Minotaure. Pour que l’extase soit sauve.

            Le labyrinthe n’a plus ni entrée ni sortie. Il se conjugue au pluriel. Comme les figures y sont dès l’origine perdues, elles ne peuvent plus s’y perdre. On les voit prendre d’étranges postures. Elles s’affairent ou dégringolent d’un fil à l’autre, dans le blanc et le gris : Space City.  Mais il n’y a ni haut ni bas. L’espace se déverse de tous côtés. Insolites et solitaires, elles font rire parfois mais d’un rire nouveau, d’une angoisse nouvelle, que l’on ne se connaissait pas. Certaines d’entre elles voyagent sur des socles. Les chiffres et les lignes tissent un univers de plus en plus complexe. Le puzzle du cosmos s’augmente et se fragmente : il se compose en se décomposant, à l’envers des autres. Centrifuge, il défait toujours plus les plans. Ses morceaux se séparent, s’éloignent les uns des autres, mordus par le chaos. Les tableaux sont bleus et noirs, Darkness in paradise  ou blancs et noirs, c’est le triptyque Minosidéral. Le puzzle avance dans l’espace, l’univers éclate et se répand, il s’ouvre comme un parterre de fleurs, sans que l’on en connaisse la loi, le langage, le projet, l’avenir.