Kuroda - Eponges

Dans l’espace, les trous noirs absorbent la lumière, ils sont compacts. Objets célestes qui empêchent toute forme de matière ou de rayonnement de s’en échapper.

aki kuroda eponge blancheAki Kuroda, Eponge blanche, Spectacle Performance - école Alsacienne à Paris - 2006

 
Pour Aki Kuroda, l’éponge c’est aussi la représentation d’un monde aux formes et contours non définis. Une masse qui absorbe tout en étant un passage vers une autre galaxie.

aki kuroda eponge

Aki Kuroda - Eponge

 

La peinture de Aki Kuroda devient voyage intersidéral. Depuis la Terre ne  subsistent plus que les morceaux d’un passé incomposé qui filent dans l’espace et ensemencent les toiles, les étoiles. La genèse de l’œuvre ne se confond plus avec celle de la Terre mais avec celle de l’univers comme rêve, labyrinthe, éponge, îles et jardin. Cette révolution est analogue à celle qui débouta la Terre du centre de notre cosmos. Cette fois, il n’y a plus de Terre et la mythologie qui prend place a les allures d’une prophétie que personne encore n’avait osé prononcer.

S’est-on posé la question de savoir qui sera l’homme le jour où nous aurons quitté la Terre ? Il ne s’agit pas seulement de la quitter au sens de quitter le corps et de mourir. Il s’agit de (dis-)continuer la course et d’aller vivre « ailleurs ». Et la figure est le corps possible de cet ailleurs qui n’a plus de coordonnées. Les figures déplacées, espacées ne savent plus rien habiter. Elles sont elles-mêmes le lieu où tout passe et change et trépasse des corps, des places, des tropes et du sens. Les référents de toutes les histoires que nous nous serons racontées ici-bas, la Terre et le corps pesant et « grave » (ou le corps grave comme corps tombeau) semblent être abolis. Ce futur à peine imaginable transforme le passé comme temps passé sur la Terre en un mythe tout aussi incroyable que l’avenir : le temps fait des mélanges.

Camille Fallen


Eponge Noire, gravure originale